La Fonderie


Panneau, escalier et intérieur moderne à Mulhouse.

La Fonderie est à la fois un grand bâtiment industriel emblématique et un quartier entier qui résument presque deux siècles d’histoire industrielle mulhousienne, de l’essor d’André Koechlin à la reconversion universitaire et culturelle actuelle. Le site est né dans les années 1820 pour la construction de machines textiles et de locomotives, a prospéré sous la SACM, puis a été sauvé de la démolition dans les années 1990 pour devenir un campus et un pôle d’innovation.​

Origines au XIXe siècle

  • En 1826, l’industriel André Koechlin fonde la société André Koechlin & Cie (AKC) au sud‑ouest de Mulhouse, sur un terrain bien placé entre canal et future ligne Mulhouse–Thann, afin de fournir en machines les usines textiles de la région et de l’étranger.​
  • L’ensemble d’origine comprend une fonderie, un atelier d’usinage et un bâtiment pour les machines à vapeur, disposés en U autour d’un bassin, suivant des modèles anglais qui inspirent alors l’industrie mulhousienne, ce qui contribue à la réputation de Mulhouse comme « Manchester française ».

De AKC à la SACM

  • En 1872, AKC s’allie aux ateliers de Graffenstaden pour former la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM), qui diversifie la production vers les locomotives, moteurs Diesel, groupes électrogènes et autres grandes machines.​
  • Le site atteint une importance considérable : les ateliers s’étendent sur plusieurs hectares, la première gare mulhousienne est implantée en marge du site dès les années 1830, et le quartier ouvrier qui l’entoure garde un caractère populaire jusqu’au XXe siècle.​

La « cathédrale » de béton

  • Le grand bâtiment appelé aujourd’hui « la Fonderie », surnommé « la cathédrale » ou « D’Gieserei », est construit en 1922‑1923 sur les plans de l’architecte mulhousien Paul Marozeau, avec une spectaculaire charpente en béton armé formant de grandes nefs.​
  • Cet atelier devient tellement emblématique que les Mulhousiens finissent par désigner toute l’usine par le nom de « la Fonderie », mêlant ainsi le bâtiment, l’activité métallurgique et le quartier environnant.​

Fermeture et sauvetage

  • Le repli des activités de la SACM au tournant des années 1990 aboutit à la fermeture du site, qui se retrouve à l’état de friche industrielle et menacé de démolition après 1991.​
  • Anciens ouvriers, associations et habitants se mobilisent alors pour faire reconnaître la valeur industrielle et architecturale de la Fonderie, ce qui conduit la Ville et l’agglomération à acheter l’ensemble et à engager un vaste projet de réhabilitation au début des années 2000.​

Campus, culture et innovation aujourd’hui

  • Après une importante rénovation (environ 38 millions d’euros) menée notamment par le cabinet Mongiello & Plisson, le grand bâtiment de la Fonderie est inauguré en 2007 comme campus de l’Université de Haute‑Alsace, accueillant la Faculté de Sciences économiques, sociales et juridiques ainsi qu’une bibliothèque universitaire.​
  • Le quartier Fonderie abrite désormais, en plus du campus, des structures culturelles comme La Kunsthalle et des services d’archives, ainsi qu’un écosystème d’entreprises et de lieux d’innovation numérique (par exemple KMØ) qui réinvestissent les anciens ateliers, tout en conservant les façades en briques rouge caractéristiques du passé industriel.​

L’évolution de la SACM à la Fonderie, c’est le passage d’une grande entreprise de constructions mécaniques née au XIXe siècle à un bâtiment‑symbole, puis à un site reconverti au service de l’enseignement supérieur, de la culture et de l’innovation. Elle raconte à la fois la trajectoire de la société André Koechlin devenue SACM, l’essor et la fin de la fonderie industrielle, et la reconversion du « navire amiral » en campus urbain.​

De Koechlin à la SACM

  • André Koechlin lance à Mulhouse en 1826 une entreprise de constructions mécaniques destinée à fournir des machines à l’industrie textile, qui devient un acteur majeur des machines et locomotives.​
  • En 1872, la fusion d’André Koechlin & Cie avec les Ateliers de Graffenstaden donne naissance à la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM), qui conserve un grand site à la Fonderie et diversifie fortement sa production.​

La Fonderie comme cœur productif

  • La fonderie d’origine, en activité dès le XIXe siècle, fournit les pièces moulées pour les machines textiles, puis pour l’usinage et l’assemblage de moteurs, locomotives et autres équipements produits par la SACM.​
  • En 1922‑1923, une nouvelle fonderie en béton armé, conçue par Paul Marozeau, remplace l’ancienne : elle optimise les flux de matériaux et devient la « cathédrale » industrielle du site, emblème de la puissance de la SACM.​

Mutations industrielles et déclin

  • Après 1945, la SACM modernise l’organisation du travail à la Fonderie, en s’inspirant de l’automobile pour rationaliser la production et réduire la pénibilité, tout en restant un grand employeur régional.​
  • Dans les années 1960, la fabrication de pièces textiles est transférée vers Masevaux, la fonderie cesse cette activité en 1962 et le grand hall sert ensuite à l’assemblage et au stockage, avant le retrait progressif de la SACM du site à la fin du XXe siècle.​

De friche SACM à patrimoine

  • Avec la quasi‑disparition des activités de la SACM, la Fonderie se retrouve en friche et menacée de démolition au début des années 1990, alors qu’elle est déjà totalement intégrée au tissu urbain mulhousien.​
  • La mobilisation d’anciens salariés, d’associations et de la Ville conduit au rachat du foncier par Mulhouse en 1997, posant les bases d’un projet de reconversion plutôt que de destruction.​

La Fonderie post‑SACM

  • Au début des années 2000, un vaste projet est engagé pour transformer l’ancienne fonderie de la SACM en complexe universitaire, avec campus, bibliothèque, laboratoires de recherche, archives municipales, centre d’art contemporain et ateliers pédagogiques.​
  • Dans le même mouvement, d’autres bâtiments SACM du quartier accueillent des logements, des entreprises et le pôle d’innovation KMØ, faisant de l’ancienne Fonderie de la SACM un creuset d’activités intellectuelles et numériques tout en préservant l’architecture industrielle d’origine.​

Années 1970–1990 : friche en devenir

  • Années 1970 : début du déclin industriel de la SACM sur le site, qui se vide progressivement de ses activités lourdes.
  • Début des années 1990 : la Fonderie est désaffectée, une large partie des 70 000 m² de bâtiments est en friche et la démolition est envisagée.​

1997–2001 : rachat et choix de la reconversion

  • 1997 : la Ville de Mulhouse rachète 11 hectares de foncier et 70 000 m² de locaux sur le site de la Fonderie, marquant le choix politique de la réhabilitation plutôt que de la destruction.​
  • Fin des années 1990–début 2000 : la propriété est transférée à l’agglomération (future m2A) et les études de reconversion sont lancées, avec l’idée d’y implanter un campus et des activités économiques.​

2002–2007 : chantier et naissance du campus

  • 2002–2007 : l’ancienne fonderie de 1922 est réhabilitée par l’agence Mongiello & Plisson pour accueillir un vaste complexe universitaire, avec un important volet antisismique et une labellisation HQE.​
  • Septembre 2007 : inauguration du campus Fonderie, qui devient le site de la Faculté des Sciences économiques, sociales et juridiques (FSESJ) de l’Université de Haute‑Alsace, avec bibliothèque universitaire, restauration et autres services.​

2007–2015 : requalification du quartier

  • À partir de 2007 : la mise en service du campus accélère la requalification du quartier Fonderie dans le cadre d’un programme de renouvellement urbain, avec l’installation d’archives, de logements et d’activités tertiaires.​​